Magazine Ateliers d’Art

L'univers créatif de l'atelier

Un portrait écrit et réalisé par la journaliste Tiphaine Lévy-Frébault pour le magazine des Ateliers d’Art.


« Ne vous fiez pas à sa frêle silhouette d’ancienne danseuse, Marie Grillo, maître verrier, porte des plaques de verre à longueur de journée, découpe, peint et assemble dans son atelier, La couleur du verre, situé dans le 13e arrondissement de Paris. Les pansements sur ses mains témoignent de la dureté de son art, qui engage son corps tout entier : « Comme dans la danse, l’enchaînement de gestes gracieux permet la justesse », précise-t-elle.

C’est une rencontre avec un verrier et la découverte de vitraux dans une église en Sicile qui ont déclenché sa vocation : « Ça s’est manifesté dans tout mon corps », se remémore-t-elle. Passée par le lycée Lucas de-Nehou et l’Ensaama, elle a travaillé dans plusieurs ateliers avant d’ouvrir le sien en 2015. Parmi ses inspirations, Marie Grillo cite Simon Hantaï et les primitifs flamands, notamment pour leur utilisation du blanc, créant une « ambiguïté dans la surface de la toile » chez le premier, et « une valeur d’éclat » chez les seconds. Si elle a été happée dès le début par l’Art déco, elle est aujourd’hui attirée par les motifs abstraits et aime mêler les styles : « J’ajoute des textures pour trouver une musicalité et du contraste » décrit l’artisane d’art.

À présent, Marie Grillo met sa créativité au service d’hôtels, de restaurants, de lieux publics et de particuliers. Elle conçoit ses projets du début à la fin : dessin, maquette, découpe, montage et peinture sur verre. Mais avoue une prédilection pour « le début du processus et son exploration créative où tout est
encore possible ! ». Trois machines trônent dans son atelier : un plotter pour la découpe des pochoirs les plus fins, une sableuse pour dépolir le verre ou réaliser des motifs bicolores et un four. Autre élément essentiel à considérer en amont de chaque projet ? La lumière du lieu où seront installés les vitraux. Qu’elle soit directe, rasante ou absente, elle conditionne le choix des verres, et la nécessité de créer du relief ou de la brillance. Récemment, elle a collaboré avec le peintre Cédric Peltier pour l’élaboration
d’un paravent en verres superposés représentant une baleine, pour lequel elle a travaillé le sertissage sur plusieurs épaisseurs. De son métier au quotidien, Marie Grillo apprécie « l’absence de routine et le calme méditatif ». « J’aime aussi l’idée que ce soit un métier ancien, il en résulte le sentiment de faire partie d’un héritage qui ancre dans une histoire et donne du sens », conclut-elle.